Aujourd’hui, un miracle s’est produit !
Alors que la loi Création et Internet et ses casserolles idiotes et liberticides sont en gestation depuis plus d’un an, aucun artiste “connu” ne semblait vouloir prendre clairement position contre cette loi. Les “chanteurs” ont acceptés de laisser la gestion de leur cerveau à leur major productrice de musique, tandis que les acteurs/réalisateurs piaillent sans cesse à la mort de l’ “exception culturelle française” (leur exception ?), prêts qu’ils sont à tout justifier pour préserver cette dite “exception culturelle” !
Pensez-donc ma bonne dame, dans la valse démagogique du politiquement correct pro-HADOPI à l’orchestration sarkozienne, aucun “connu” ne semblait vouloir prendre le moindre risque en allant à contre courant. D’ailleurs, la position du Parti Socialiste en dit également long sur les incertitudes décisionnelles rampantes…
Et bien, mesdames et messieurs, en ce jour de grâce de l’an 2009, l’incroyable s’est produit : des artistes “connus”, en groupe qui plus est, ont osé prendre position contre la loi HADOPI/Création et Internet.
J’avoue que je n’y croyais plus ! Aleluia mes soeurs et mes frères !
Le détail sur le site de Numerama ou d’Ecrans, je cite :
Artistes et producteurs engagés, nous nous sommes dévoués tout au long de notre carrière à la promotion d’un cinéma différent, un cinéma ouvert et exigeant.
Vous avez fait vivre nos œuvres, les portant, les reconnaissant ou les rejetant. Tout au long de notre carrière, nous avons poursuivi la même ambition? : diffuser notre travail et le partager avec vous. Tout au long de notre carrière, mille obstacles se sont présentés à nous, qu’ils aient été techniques, matériels ou économiques.
Aujourd’hui, nous avons la chance de vivre une révolution numérique qui nous permettra, dans un futur très proche, de lever nombre de ces obstacles et d’ouvrir notre cinéma à toutes et à tous.
Aujourd’hui, certains craignent cette révolution et craignent pour leur monopole. La loi Création et Internet répond à une angoisse légitime, que nous partageons? : celle de voir les Å“uvres dévalorisées et Âdégradées par leur diffusion piratée sur ÂInternet.
Pourtant, cette loi, qui prétend se poser en défenseur de la création, ne fait qu’instaurer un mécanisme de sanctions à la constitutionnalité douteuse et au fonctionnement fumeux.
Fruit d’un lobbying massif, fondée sur la présomption de culpabilité, la loi Création et Internet crée l’Hadopi, une haute autorité contrôlée par l’exécutif et qui pourra, sans qu’aucune preuve fiable ne soit apportée et sans qu’aucun recours gracieux ne soit possible, couper durant une durée extensible à l’infini la connexion Internet d’un usager.
Pis, et contrairement à ce qui a été écrit ici et là , aucune disposition législative ne prévoit que cette procédure se substitue aux pourÂsuites pénales et civiles, faisant de la double peine une réalité envisageable.
Alors que le Parlement européen vient, pour la troisième fois en quelques mois et à la quasi-unanimité, de qualifier l’accès à Internet de droit fondamental, alors qu’aux Etats-Unis le modèle de riposte « graduée » se fissure et que le reste du monde met l’accent sur la poursuite de ceux qui font commerce du piratage, le gouvernement français s’obstine à voir dans les utilisateurs, dans les spectateurs, des enfants immatures à l’origine de tous les maux de l’industrie Âcinématographique.
Démagogique, techniquement inappliÂcable, bêtement ignorante des nouveaux procédés de téléchargement et purement répressive, cette loi est aussi un rendez-vous manqué. Ne prévoyant aucune forme de rétribution nouvelle pour les ayants droit, la loi Création et Internet ne s’adresse ni au cinéma dans sa diversité, ni aux spectateurs. Ne constituant qu’une ultime et vaine tentative d’éradiquer le piratage par la sanction, sans se soucier de créer une offre de téléchargement légale, abordable et ouverte sur Internet, elle ne répond à aucun des défis aujourd’hui posés par les nouvelles technologies, alors même qu’une réaction créative et forte de l’industrie cinématographique et des autorités de tutelle dans leur ensemble s’imposait.
Nous ne nous reconnaissons pas dans cette démarche, et appelons à un changement des mentalités. Craindre Internet est une erreur que nous ne nous pouvons plus nous permettre de faire. Il est temps d’accepter et de nous adapter à ce « nouveau monde » où l’accès à la culture perd son caractère discriminatoire et cesser de vouloir en faire une société virtuelle de surveillance où tout un chacun se sentirait traqué.
Que ce soit par un système de licence globale ou par le développement d’une plateforme unifiée de téléchargement des Å“uvres à prix accessibles et sans DRM, il faut dès aujourd’hui des réponses posiÂtives à ce nouveau défi, et se montrer à la hauteur des attentes des spectateurs. L’heure est à la réinvention et à l’émerveillement, et non pas à l’instauration d’un énième dispositif répressif.
Conscients de la nécessité qu’éprouvent les ayants droit, dont nous sommes, à trouver de nouveaux modes de rétribution et d’en finir avec le piratage.
Confrontés à un dispositif essentiellement conservateur, Âliberticide et démagogique qui ne s’attaque à aucun des enjeux réels de la révolution numérique et ignore Âvolontairement les intérêts du cinéma d’auteur. Et en réaction aux nombreuses tribunes rédigées par des institutions et des lobbies s’exprimant au nom d’une profession qu’ils ne représentent que partiellement.
Nous, cinéastes, producteurs et acteurs, marquons avec cette adresse notre refus du dispositif Hadopi et de la loi création et Internet.
Nous appelons tous les amoureux du Âcinéma et des libertés, de la création et de la diversité à faire entendre leur voix auprès de leurs représentants afin d’abandonner tant qu’il est encore temps le dispositif Hadopi et de mettre en place un système plus juste, équilibré et prenant en compte les intérêts de tous.
Contact? : brancojuan(at)gmail.com
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Paru dans Libération le 7 avril 2009
Bien entendu, que grâce soit rendue aux hérétiques de la culture albanesque, je me permets de citer leur nom, afin de faire savoir dans la basse-cour qu’une fraction de notre élite culturelle possède encore un cerveau, dont elle est capable de relater les pensées en osant prendre la parole !
Voici donc la liste de ces artistes anarcho-autonomes-albanophobes :
Merci à eux de démontrer qu’il est encore possible de sortir de la masse d’un troupeau perdu.
- Agathe Berman (productrice)
- Agnès de Cayeux (auteur)
- Brigitte Rouan (réalisatrice)
- Catherine Deneuve (actrice)
- Chantal Akerman (réalisatrice)
- Chiara Mastroianni (actrice)
- Christophe Honoré (réalisateur)
- Clotilde Hesme (actrice)
- Eva Truffaut (artiste cinéaste, ayant-droit de François Truffaut)
- Françoise Romand (réalisateur)
- Gael Morel (réalisateur)
- Gilles Sandoz (producteur
- Giscle Rapp-Meichler (cinéaste)
- Jean Sainati (ex délégué de l’ALPA général de 88 à 2002)
- Jeanne Balibar (actrice)
- JP Limosin (acteur)
- Laurence Ferreira Barbosa (réalisateur)
- Louis Garrel (acteur)
- Luc Wouters (SRF)
- Nathalie Chéron (directrice de casting)
- Pascal Verroust (ADR productions)
- Paulo Branco (producteur)
- Pierre Cattan (producteur)
- Santiago Amigorena (réalisateur)
- Sylvain Monod (producteur, cinéaste)
- Timothy Duquesne (auteur)
- Victoria Abril (actrice)
- Yann Gonzalez (comédien)
- Zina Modiano (réalisatrice)
Je rajoute que, bien que n’étant pas spécialement fan de madame Catherine Deneuve, dont l’ampleur de la carrière n’a plus à être démontrée,  je ne peux qu’accueillir avec respect sa prise de position sur ce projet de loi scélérat ! C’est clair qu’une Catherine Deneuve exprimant son opposition à un projet de loi concernant la culture, ça claque et ça fait tâche … n’est-ce pas Christine A. ?
Merci également à Chiara Mastroianni de ne pas se contenter d’être l’héritière [financière] de son père. N’est pas Thomas D. ??
08 avril 2009 - Une petite mise à jour intéressante sur le site de PC Inpact :
Mise à jour hier 15h47 : selon nos informations, plusieurs signataires de cette lettre ont reçu des menaces à peine voilées par téléphone notamment d’autres grands noms du cinéma et de groupements influents. On nous rapporte des propos du type : “t’es complétement tarée ou quoi, tu veux couler le cinéma français etc.”, qui traduisent bien un profond malaise du milieu du cinéma face à ce texte…
Ambiance, ambiance…
09 avril 2009 - Mise à jour de la liste des participants. Voir le site de PC Inpact.

